Donnez votre avis de lecteur

PDL2018_EDL_BANNIERE1Pour la 5ème édition du Prix des lecteurs – Escale du livre 2018, nous souhaitons connaitre vos opinions, vos sentiments de lecteurs sur la sélection 2018, en créant ce blog participatif.
Donnez donc votre avis de lecteur, de critique, venez parler des ouvrages qui vous ont touchés, émus, agacés ou emportés…

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Bosco ou le tropique de l’imagination

Dans le cadre du prix des Lecteurs 2017, organisé par l’Escale du livre, les élèves du lycée Montesquieu à Bordeaux (2nde 7 et 12) ont donné la parole à cette voix que l’on entend entre les lignes du roman de Nathacha Appanah, Tropique de la violence. Bosco,fidèle compagnon, épaulera Moïse tout au long de ce terrible et douloureux parcours initiatique.

Ça fait des heures que j’attends et je veux rentrer chez nous. C’était tellement bien à la maison. Je veuxretrouver les caresses de Marie, je veux retrouver le jardin, je veux retrouver l’odeur des hibiscus, des noix de coco écrasées sur le sol. Ici, c’est noir, ça pue l’urine, ça pue le fuel. En plus, il y a ces deux personnes qui nous observent depuis tout à l’heure et je n’les sens pas du tout. Mec, t’es sérieux, tu ne les vois pas ? Moi, je les vois, je les sens. Ils puent le malheur, le désespoir, ils sentent la rage et leur cœur est noir, un plus que l’autre. Il avait les yeux couleur rubis et des plumes couleur de la nuit. ça y est, ils s’approchent, regarde
[…]
Moïse et moi avions erré toute la journée. Nous avions enfin réussi à trouver un coin ombragé sur le parking du marché. Nous étions à bout de force. Nous avions attendu toute l’après-midi. Je ne savais pas pourquoi. Une odeur infâme m’emplissait les naseaux, des déchets jonchaient le sol. Je me sentais en sécurité avec Moïse. Il me nourrissait, il n’avait pas l’air très inquiet, seulement abattu par le chagrin. Le jardin me manquait terriblement. Désormais ma maison, mon chez moi, c’était Moïse, il ne me laisserait pas tomber. Cependant, je sentais comme un poids dans mon dos, le regard pesant et malsain d’un prédateur. J’avais la fâcheuse impression qu’on nous observait. Soudain, deux grands types s’approchèrent de nous. Ils avaient l’air sale, leur odeur était insoutenable. Je pouvais aussi sentir l’agressivité suinter par toutes les pores de leur peau. Ils ont adressé la parole à Moïse sur un ton qui se voulait clairement dominant. Je n’aimais pas leur façon de s’en prendre à Moïse. Je leur aurais bien sauté dessus si j’avais pu, mais je me contentais de grogner, pour l’instant. Je ne comprenais pas ce qu’ils disaient. J’avais comme l’impression que celui qui avait l’air d’être le chef, était impressionné et méfiant. Je sentais la peur émaner de lui. Il portait la main à ses cheveux et la passait dans ses boules encore et encore. Je m’appelle Bruce et je suis le chef de Gaza a-t-il dit. Une sirène retentit et dans la précipitation, nous les suivîmes. Ce garçon bouclé ne me plaisait pas. Il semblait avoir d’aussi mauvaises intentions que son odeur. Il y avait des gens qui couraient, des bruits métalliques, une puanteur de plus en plus forte. Je commençais à grogner pour te dire que je ne l’aimais pas, qu’il fallait t’en méfier. Mais tu me caressais, paraissant ne pas comprendre. Je ne l’aimais pas Moïse, je ne l’aimais pas. Toi-aussi, tu aurais dû le haïr…J’avais tellement peur que des tremblements incontrôlables prirent possession de mon corps. On nous fit entrer dans une banga et on m’apporta à boire. Ils rirent, des rires méchants, sournois. Ils aspiraient et recrachaient une épaisse fumée blanchâtre. Ils ont ensuite tendu une de ces choses à Moïse, à mon grand désarroi. Je grognais et gémissais, mais il m’ignorait. Il semblait être parti dans un autre univers, bien loin du mien. C’est dans cet endroit précis, dans cette banga, que je compris que je ne te reverrais plus…
[…]
Il fait nuit noir, tout est désert, je continue à hurler, à me débattre, à essayer de le mordre. En vain. Sa poigne est trop forte. Plus il avance, moins il y a de monde, de bruit. Plus je me débats, plus il me serre fort. Je n’arrive plus à sortir aucun son, mon coeur bat à cent à l’heure. Tout d’un coup, il me balance contre un arbre. Je gémis, il s’approche de moi. C’est vrai qu’il est gentil ton chien, Moïse, sort il. Je ne peux plus bouger, j’ai trop mal, je sens mes côtes en mille morceaux. Il se met à me balancer des coups de pied dans la gueule. Je sens le sang couler sur mon crâne. Moïse, sauve-toi, sors de cette banga. Les coups ne s’arrêtent toujours pas. Pourtant, je ne sens plus rien, je ne vois plus rien.
[…]
Bruce m’a tué. J’ai souffert. Mais aujourd’hui, Moïse et moi allons nous venger. Au loin, j’entends les gaumas. Un mourengué se prépare. Mon âme erre autour de Moïse. Il semble déterminé. Le regard vide de son oeil vert est haineux, à la fois excité et curieux. Je suis au plus près de Moïse. Il saute à la gorge de Bruce d’un bond fulgurant. Il a changé. Ses réflexes sont ceux d’un animal, un animal sauvage qui attaque une proie. Moïse n’est plus humain. Moïse, c’est moi. Bruce est à terre, une patte sur sa gorge.
Extraits des textes de Laure, Esteban, Lucas (2nde 7) de Marine, Line, Marie, Lorie-Anne, Charlotte et Jonas. Dessin de Louis (2nde 7). (2nde 12)

 

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